Le soir du 8 septembre, le vice-premier ministre Dmitri Patrouchev a énuméré les mesures que le gouvernement prépare pour les agriculteurs. L'une d'elles est formulée au futur et assortie d'une échéance : le paiement des droits à l'exportation de céréales sera suspendu jusqu'à la fin de l'année. La sous-commission de régulation douanière et tarifaire a pris cette décision le 2 septembre, avec une prise d'effet annoncée au 1er septembre. Ce matin, le registre officiel des actes juridiques ne contenait encore aucun décret pour la mettre en œuvre. Tant qu'un tel texte ne paraît pas, il s'agit d'une annonce, pas d'une suspension en droit.
Ce qu'a dit le vice-premier ministre
« Ainsi, le paiement des droits à l'exportation de céréales sera suspendu jusqu'à la fin de l'année. Le montant maximal du droit sur l'huile végétale et les tourteaux est fixé au niveau d'août 2026. »
Le même communiqué donne un chiffre de récolte — 113,5 millions de tonnes de céréales engrangées à ce jour — et énumère les autres mesures du gouvernement. Certaines sont décidées, d'autres non, mais le communiqué ne les distingue pas. À la lecture, elles relèvent de trois catégories.
La première est signée. Fin août, dit Patrouchev, « environ 10 milliards de roubles » ont été alloués pour subventionner le transport ferroviaire de produits agricoles depuis les régions ayant beaucoup récolté. La mesure existe sous forme de document : l'arrêté gouvernemental n° 2313-r du 28 août, publié le 29 août, affecte « plus de 9,7 milliards de roubles » du fonds de réserve du gouvernement à l'indemnisation des chemins de fer pour le transport de fret agricole à tarifs préférentiels. C'est le seul chiffre de tout le paquet étayé par un acte signé.
La deuxième est décidée mais pas encore mise en œuvre par un acte : les droits sur les céréales et le plafond applicable à l'huile et aux tourteaux.
La troisième n'est pas encore décidée, comme l'indiquent les termes mêmes du communiqué. L'aide à l'hectare pour les semis d'hiver est en cours de « détermination ». La prolongation des crédits bonifiés à court terme et des contrats de crédit-bail est « prévue ». Un moratoire temporaire sur les faillites d'exploitations agricoles, qui conserveraient leur statut de producteur agricole même en l'absence forcée de débouchés, est « en discussion ». Le gouvernement « envisage » des interventions publiques d'achat.
Ce qui ne figure pas sur le portail
Nous avons examiné la rubrique des actes du gouvernement sur publication.pravo.gov.ru pour la période allant de la décision de la sous-commission à ce matin. Entre le 2 et le 9 septembre 2026, soixante actes ont été officiellement publiés : 19 décrets et 41 arrêtés. La date de publication la plus récente du registre était le 8 septembre ; lors de notre consultation, aucun texte daté du 9 n'était paru. Aucun des soixante ne porte sur les droits à l'exportation de céréales.
Six d'entre eux sont seulement intitulés « Sur la modification de certains actes du gouvernement de la Fédération de Russie ». Une modification tarifaire pourrait figurer sous un titre aussi général ; nous les avons donc tous ouverts. Le décret n° 1140 modifie des règles de commande publique ; le n° 1139, les règles des subventions aux budgets régionaux ; le n° 1141, le programme d'État pour l'éducation ; le n° 1133, les règles de fourniture obligatoire de données statistiques ; le n° 1132, les règles foncières dans la zone économique franche en territoire occupé ; le n° 1124, les règles des subventions et des aides. Aucun ne touche aux tarifs douaniers.
L'absence d'un texte sur le portail est une preuve plus faible que sa présence. Nous l'avons dit le 1er septembre, quand deux décrets présidentiels régissant les normes de carburant se sont révélés entièrement non publiés. Mais le cas présent diffère sur un point important : les décrets gouvernementaux fixant des droits à l'exportation sont des actes normalement publiés, pas des textes maintenus hors de la vue du public. Leur absence une semaine après la décision signifie que celle-ci n'a pas encore force de loi, pas qu'elle est dissimulée.
Interfax fait état d'une hausse du droit
Le droit variable sur les céréales est recalculé chaque semaine par le ministère de l'Agriculture et s'applique à partir du mardi suivant. Selon Interfax, le calcul du ministère publié le 4 septembre a porté le droit sur le blé de 787,5 à 1 170,3 roubles la tonne, avec effet au 9 septembre. Nous n'avons pas pu vérifier ce chiffre à la source : mcx.gov.ru ne se résout pas depuis cette machine. Le chiffre provient donc d'une agence de presse, pas de la page du ministère. Nous le présentons comme non vérifié et ne l'utilisons pas dans le raisonnement qui suit.
Le déroulement juridique ne dépend pas de ce chiffre. Une décision de la sous-commission est une recommandation au gouvernement ; le mécanisme en vigueur continue de fixer le droit tant qu'un acte ne le modifie pas. Dans la semaine qui a suivi l'annonce, le mécanisme que celle-ci disait vouloir suspendre a donc continué de fonctionner.
Pourquoi un droit de douane est une question budgétaire
Le droit à l'exportation de céréales est une recette hors pétrole et gaz du budget fédéral. Son produit finance aussi le soutien au secteur. Le ramener à zéro réduit les recettes, mais pas le coût de ce soutien, qui doit alors être payé sur d'autres lignes budgétaires. Les 9,7 milliards de roubles consacrés au fret ferroviaire constituent une telle dépense ; les interventions d'achat en seraient une autre.
Le montant du manque à gagner n'est indiqué nulle part. Ni le gouvernement ni le ministère de l'Économie n'ont publié d'estimation des recettes douanières non perçues. Aucun projet de décret n'a été publié non plus : on ignore donc si l'acte s'appliquera rétroactivement à compter du 1er septembre, ce dont dépend le sort des droits acquittés dans les premiers jours du mois.
Il existe un canal où les fonds destinés aux exportations agricoles peuvent être comptés, et il est presque épuisé. Au 1er septembre, le projet fédéral « Exportation de produits du complexe agro-industriel » avait dépensé 98,78% de sa dotation annuelle : 50,0 milliards de roubles sur 50,6 milliards, contre 51,00% un mois plus tôt. Cela représente 24,2 milliards de roubles décaissés au seul mois d'août, le deuxième plus fort bond mensuel dans le fichier que nous avons lu aujourd'hui pour l'ensemble des projets nationaux. Il reste sur cette ligne 0,6 milliard de roubles, soit 1,22% de la dotation annuelle. Ce n'est pas rien, et une dotation peut être relevée : le même fichier en montre plusieurs qui bougent en un seul mois. Mais en l'état du plan, le canal est épuisé.
Le moratoire sur les faillites relève du même compte. Une exploitation qui ne peut vendre son grain ne cesse pas de devoir de l'argent ; ses créanciers cessent de la poursuivre. Le maintien de son statut de producteur agricole lui conserve aussi l'accès au crédit bonifié et son régime fiscal. Les deux mesures laissent les obligations en suspens au lieu de les solder. Nous avons déjà décrit deux fois le même mécanisme : les pénalités de gaz effacées dans les régions frontalières le 29 août, et le report d'impôt pour les entreprises frappées par des drones le 24 août. Dans aucun des deux cas, la dette ne disparaît.
Ce que cela change dans notre modèle
Aujourd'hui, rien. Les mesures pourraient influer sur trois indicateurs, mais aucun n'a encore bougé.
Le déficit budgétaire affiche 65 sur 100. La suspension du droit se traduirait par une recette non perçue, tandis que les aides qui l'accompagnent représenteraient une dépense : les deux effets iraient dans le même sens. Un seul poste du paquet est chiffré : les 9,7 milliards de roubles pour le fret ferroviaire, soit 0,03% des 31 724 milliards dépensés par le budget de janvier à août. Le côté recettes ne comporte aucun chiffre publié, si bien que l'effet net ne peut être borné à partir de ces documents. Non chiffré ne veut pas dire faible.
Le chargement ferroviaire RZD affiche 33 sur 100 et se situe 0,6% sous son niveau de l'an dernier en cumul à fin août. Les 9,7 milliards de roubles subventionnent précisément le transport mesuré par cet indicateur — le grain qui quitte les régions du sud par rail. C'est l'un des rares cas où une décision budgétaire vise directement une série que nous suivons.
Les créances en souffrance affichent 9 sur 100. Un moratoire sur les faillites n'apure pas les créances échues entre entreprises : il les maintient en l'état. S'il est adopté, cet indicateur devient plus difficile à interpréter, pas meilleur.
L'indice de solidité s'établit à 47 sur 100, en zone de tension. La mise à jour des données d'aujourd'hui n'a fait bouger aucun indicateur.
Ce que nous ne savons pas
D'abord, le coût. Aucun chiffre n'a été publié pour les recettes douanières non perçues, l'aide à l'hectare ou les interventions d'achat, dont Patrouchev n'a pas du tout précisé l'ampleur.
Nous ne savons pas si le décret s'appliquera rétroactivement à compter du 1er septembre, faute de projet publié. Si tel est le cas, nous ignorons aussi ce qu'il adviendra des droits acquittés entre le 1er et le 9 septembre. Nous n'avons pas pu lire le calcul hebdomadaire du ministère de l'Agriculture lui-même et ne pouvons donc pas affirmer quel taux est en vigueur.
Nous ne savons pas non plus lesquelles des mesures évoquées deviendront des actes juridiques. Quatre des sept points de la liste du gouvernement lui-même y sont décrits comme en cours de détermination, prévus, en discussion ou à l'étude. L'un des trois autres repose sur un arrêté signé. Les deux derniers n'ont pour fondement qu'une décision de sous-commission et une date d'effet ; pour l'instant, aucun acte ne les met en œuvre.