Depuis le 1er septembre, chaque région russe peut emprunter auprès du Trésor fédéral à 0,1 % par an pour une durée maximale d’un mois, afin de couvrir le décalage entre ses décaissements et l’encaissement de ses recettes. Le ministère des Finances l’a annoncé le 1er septembre à midi. Jusque-là, l’instrument était testé dans quatre régions. Le communiqué ne désigne pas le décret gouvernemental qui l’a étendu à tout le pays, et le décret ne figure pas sur le portail des actes juridiques.

Ce qu’a dit le ministère des Finances

Le communiqué s’ouvre sur le changement lui-même :

« À partir du 1er septembre, le mécanisme d’octroi aux régions de crédits du Trésor “selon le besoin” est étendu à tout le pays. Auparavant, il avait été testé dans quatre régions à titre pilote. Le décret correspondant du gouvernement de la Fédération de Russie a été adopté pour exécuter les instructions du président. »

Les conditions sont données par le vice-ministre des Finances Pavel Kadotchnikov :

« Notre tâche est d’aider les régions à honorer à temps leurs engagements de dépenses sans recourir à des crédits commerciaux. Le crédit du Trésor “selon le besoin” est accordé à un taux préférentiel de 0,1 % par an pour une durée allant jusqu’à un mois et permet de couvrir rapidement les décalages de trésorerie jusqu’à l’encaissement des recettes prévues. Cela réduit les dépenses des régions au titre du service de la dette publique et renforce la solidité des budgets. »

La procédure tient en une phrase : pour obtenir un tel crédit, la région adresse au ministère des Finances une demande accompagnée du plan de trésorerie pour l’exécution de son budget. Le communiqué ne mentionne aucun plafond — ni par région, ni au total. Il donne un taux et une durée, et aucune autre condition financière.

Un taux qui n’est pas un prix

À 0,1 % par an pour un mois au plus, il ne s’agit pas d’un crédit au sens du marché, mais d’un découvert fédéral. Sur 100 millions de roubles tirés pendant un mois entier, les intérêts s’élèvent à un peu plus de 8 000 roubles. Le taux ne sert ni à répartir le crédit ni à tarifer le risque. Il fait du dispositif un crédit sur le plan formel, et non un transfert.

Il en découle deux choses, et le ministère des Finances énonce lui-même la première. Les régions cessent de s’adresser aux banques commerciales pour combler ces décalages, et leurs charges de service de la dette baissent. Mais elles baissent parce que le compte unique fédéral comble désormais le décalage de trésorerie : le risque quitte les bilans bancaires pour le bilan fédéral. Il ne disparaît pas.

La seconde découle du prix. À un taux annuel de 0,1 % pendant un mois, une région n’a aucune raison de ne pas tirer — le dispositif est quasi gratuit, et celle qui s’en prive paie simplement davantage pour la même liquidité. Le recours ne donnera donc pas une mesure fiable des difficultés financières. Il mesurera ces difficultés, mais aussi la prudence ordinaire qui consiste à utiliser un instrument bon marché et disponible.

Le pilote devenu national

La formulation du ministère des Finances mérite l’attention. Elle ne dit pas que le pilote a réussi. Elle dit que l’instrument a été « testé dans quatre régions à titre pilote » — après quoi il a été étendu à tout le pays. Le communiqué ne dit pas quelles quatre régions y ont participé ; la presse non plus.

Le dispositif est passé par une consultation publique au printemps. Un projet de décret du ministère des Finances — « Sur la conduite par le Trésor fédéral en 2026 d’une expérimentation d’octroi d’un crédit budgétaire pour reconstituer le solde des fonds sur le compte unique du budget d’un sujet de la Fédération de Russie », numéro de registre 01/01/05-26/00168092 — a été publié le 22 mai 2026. Nous en avons extrait la fiche via l’API du portail : la discussion publique s’est tenue du 22 mai au 6 juin 2026, le statut est « discussion terminée », le projet compte 327 consultations et zéro commentaire, et le champ de l’acte adopté lié est vide. Un mécanisme national de liquidité régionale a achevé sa période de consultation sans une seule contribution.

Le décret n’est pas sur le portail

Le communiqué ne désigne l’acte que comme « le décret correspondant du gouvernement ». Nous avons vérifié. Dans le bloc des actes gouvernementaux sur publication.pravo.gov.ru, les publications les plus récentes sont datées du 1er septembre et portent des actes signés le 31 août : le décret nº 1113, puis les nº 1116 à 1120. Les nº 1114 et 1115 manquent dans cette série, et il n’existe ce matin aucune publication datée du 2 septembre. Le site du gouvernement lui-même, government.ru, ne comporte pas non plus de communiqué à ce sujet ; ses documents budgétaires les plus récents sont les ordonnances du fonds de réserve du 31 août.

Les conditions qui régissent le dispositif ne sont donc publiques qu’en un seul endroit : un communiqué de presse. Ce qui se passe si une région ne rembourse pas dans le mois, l’existence d’un plafond par région ou au total, le plafonnement éventuel du nombre de demandes par an — rien de tout cela n’est public. Hier, nous décrivions le même schéma dans le régime des carburants, où des décrets gouvernementaux publiés mettent en œuvre un décret présidentiel dont le texte n’a jamais paru. L’instrument diffère, mais la forme est la même : la règle s’applique et son texte est indisponible.

Ce que cela change dans notre modèle

Rien aujourd’hui, et c’est ce qu’il faut énoncer clairement. Les budgets régionaux obtiennent 28 sur 100 ; le solde régional consolidé glissant sur douze mois s’établissait à −1,616 billion de roubles en juillet. Ce dispositif ne modifie pas ce chiffre et, par construction, il ne le modifiera guère davantage plus tard.

Un crédit tiré et remboursé au cours d’un même mois ne laisse presque aucune trace dans un solde consolidé annuel. C’est là le point gênant. L’instrument aide les régions précisément sur le problème que notre indicateur est censé détecter — manquer de liquidités entre deux échéances de recettes — tout en laissant une trace plus faible que le crédit commercial qu’il remplace. Une région qui emprunte à une banque apparaît dans la dette régionale. Une région qui emprunte trois semaines au Trésor n’apparaît presque pas.

Nous ne disons pas que les chiffres seront faux. Nous disons que le dispositif peut croître pendant que la série reste plate, et qu’une série plate sera alors moins informative qu’auparavant. Nous avions relevé un glissement voisin le 19 août, lorsque le soutien régional est passé dans des programmes dont les montants se fixent hors de la ligne budgétaire que nous lisons.

Ce que nous ne savons pas

D’abord le numéro et la date du décret — nous avons seulement établi qu’il n’est pas sur le portail, non qu’il n’existe pas ; le ministère des Finances dit qu’il a été adopté. Nous ne savons pas quelles quatre régions ont participé au pilote, pendant combien de temps, ni combien elles ont emprunté. Il n’y a aucun plafond publié, aucune règle sur les demandes répétées, aucune conséquence énoncée d’un défaut de remboursement dans le mois. Nous ignorons si le Trésor fédéral publiera les volumes de crédits accordés ; sans cela, le dispositif reste invisible de l’extérieur, et il manquera jusqu’à la mesure la plus grossière — l’ampleur des tirages et leur fréquence. Combien de régions vivent d’un transfert à l’autre n’existera pas. Nous ignorons également le lien entre le projet de mai et l’acte que le ministère des Finances dit adopté : la fiche du portail ne rattache aucun acte adopté à ce projet.